Star du line-up inaugural du service WiiWare en mai dernier, le joli titre du studio anglais Frontier tombe sous l'aile du géant du jeu de rôle japonais. Qui, freiné par un marché domestique saturé, poursuit une stratégie "agressive" d'expansion en Occident.
LostWinds, sorti en mai dernier aux Etats-Unis et en Europe, a jusque là été édité indépendamment par son développeur sur le service WiiWare de Nintendo. Le partenariat, annoncé aujourd'hui, verra Square Enix éditer le titre d'abord sur le territoire japonais puis, au cas par cas, en Asie – une très belle victoire pour le studio anglais Frontier Development et un destin de conte de fées pour un projet aussi modeste. Né d'une sorte de concours interne baptisé "l'idée de la semaine" et développé en près de trois mois, LostWinds s'est finalement imposé comme la meilleure vente sur le service WiiWare à sa sortie, a révélé David Braben, président et fondateur du studio, lors d'une conférence tenue récemment à Montréal. Mais malgré une esthétique et des thèmes proches de Zelda ou d'Okami, le titre a jusque là eu du mal à pénétrer le marché japonais, une impasse que le sésame Square Enix devrait de toute évidence résoudre. "En Europe, on connait surtout Square Enix pour la qualité de leur jeux, mais il est difficile de se rendre compte du pouvoir et de la puissance dont dispose l'éditeur dans son pays natal si vous n'y avez pas été," a confirmé David Walsh, directeur général de Frontier Developments, au magazine Next Generation.

Ce pouvoir, justement, Square Enix le met de plus en plus au service de projets et de développeurs occidentaux. Il y a une semaine, la société annonçait ainsi que le studio américain Gas Powered Games (Dungeon Siege) développerait pour elle la suite de son jeu de stratégie temps réel Supreme Commander, la première fois que l'éditeur fait appel à un développeur externe hors de son Japon natal. Lundi dernier, une série d'offres d'emploi (programmeurs, artistes 3D, chefs de projets…) remarquées par le magazine Gamasutra indiquaient elles que le géant du jeu de rôle s'apprête à monter un studio de développement entièrement basé aux Etats-Unis. Square Enix dispose déjà d'une présence physique sur ce territoire, mais celle-ci a jusque là été cantonnée à des travaux de localisation, d'édition ou de marketing.

La stratégie de l'éditeur est, bien sûr, limpide. Alors que l'importance du marché japonais sur la scène globale continue à être remise en question, et que des sociétés telles que Capcom ou Sega ont compris depuis longtemps la nécessité impérative de s'ouvrir à l'Occident, Square Enix, de son côté, reste encore très centré sur son marché natal. Lors du Tokyo Game Show, la société révélait ainsi que 50% seulement de ses revenus viennent de pays hors-Japon, quand d'autres atteignent les 60 ou 70%, des résultats plus en accord avec la répartition géographique du public joueur. Une découverte peut-être un peu tardive pour l'un des poids lourds du jeu vidéo japonais, mais celui-ci a désormais l'intention de mettre les bouchées doubles pour rattraper son retard. "Bien que nous n'ayons rien de concret à révéler pour l'instant, nous avons des projets agressifs d'expansion en Amérique du Nord et en Europe, et nous n'excluons pas la possibilité de rachats ou de partenariats supplémentaires s'ils rentrent dans notre stratégie", déclarait mardi dernier John Yamamoto, président de la branche occidentale Square Enix, au magazine GamesIndustry.biz.